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Repérée par la Mostra de Venise, Alix Delaporte détonne dans le paysage français avec «Angèle et Tony»


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«J’ai envie de procurer de l’émotion»

Repérée par la Mostra de Venise, Alix Delaporte détonne dans le paysage français avec «Angèle et Tony»

Alix Delaporte a un talent fou. Qui ne tient pas du miracle: avant de se lancer crânement dans le long-métrage de fiction, elle a acquis suffisamment d’expérience pour apprivoiser ce talent. Elle a en effet travaillé longtemps comme journaliste à la télévision, une école de l’économie sans chichis, de l’agence Capa aux portraits d’invités pour Canal+, y compris ceux des joueurs de la Coupe du monde 98. Y compris Zizou, auquel elle a consacré un DVD sur l’ensemble de sa carrière, Comme dans un rêve. Pas étonnant donc que cette cinéaste française Alix Delaporte ait, avec ce délicieux Angèle et Tony, tiré le maximum de son petit budget pour raconter le rapprochement, aussi improbable et émouvant que celui du récent Au-delà de Clint Eastwood, entre des personnages privés d’amour.

Autre preuve que cette nouvelle venue dans la fiction apporte au cinéma français une originalité rafraîchissante: elle a transcendé la comédienne Clotilde Hesme en lui demandant, afin d’appréhender ce premier grand rôle, de visionner Sans toit ni loi d’Agnès Varda, portrait naturaliste d’une clocharde qui valut maints prix à Sandrine Bonnaire, et True Romance, le film pop et multicolore que Tony Scott avait tiré d’un des premiers scripts de Quentin Tarantino. Le grand écart. Et l’envie surtout, pour cette cinéaste débutante mais déjà expérimentée, de ne surtout pas se plier à l’esprit de clocher parisiano-parisien. Un talent fou, avec une détermination et un franc-parler, entre autres qualités, qui rappellent une certaine Kathryn Bigelow.



Le Temps: Depuis la présentation d’«Angèle et Tony» à Venise en septembre jusqu’à sa sortie, vous avez vécu une interminable période de promotion…

Alix Delaporte: C’est vrai. A ce stade, j’ai presque envie de parler d’autre chose avec les journalistes que je rencontre. De quel pays ils viennent. S’ils ont des enfants. La promotion, ce n’est pas vraiment mon boulot. Mon boulot, c’était de faire le film et de préparer le suivant. Angèle et Tony est fini, il m’appartient toujours et c’est évidemment une grande chance de le voir si bien accueilli. Mais c’est long.



Le film est né avec le personnage d’Angèle. Vous l’aviez en tête avant de savoir dans quelle histoire le plonger. Angèle, c’était vous?

Pas du tout. J’adore la fiction pour aller chercher des choses loin de moi. Sinon je m’ennuie. Je crois d’ailleurs que c’est en allant chercher le plus loin qu’on revient le plus près de soi. Je ne suis pas une intellectuelle. J’avais simplement en tête l’image de cette femme qui prend son enfant dans ses bras. Ensuite, je me suis demandé comment arriver à cette image. En ce sens, le film est un mouvement. Je n’aime pas trop quand les journalistes parlent d’Angèle comme d’une femme qui cherche à récupérer la garde de son enfant. En fait, je raconte plutôt l’histoire d’une mère qui a été en prison et qui, à sa sortie, cherche à oser reprendre son petit dans ses bras. Parce qu’elle a tellement peur qu’il la jette ou qu’il lui en veuille. Je cherchais quelque chose de très animal, au fond: oser retoucher son enfant. Et tout est venu naturellement. Il fallait qu’elle rencontre un héros. Cet homme, Tony, je l’ai d’abord écrit prêtre, puis aveugle, mais, en réfléchissant aux héros de mon enfance, il est devenu marin pêcheur. Parce que j’avais passé toutes mes vacances en Normandie et que mes cow-boys à moi, c’étaient les marins pêcheurs. Du coup, tout cet univers des ports du Nord est entré dans le film.



Votre expérience passée vous a permis d’accueillir les idées de manière plus décontractée?

Absolument. Je n’ai pas commencé ce métier à 20 ans. Si bien que je n’ai pas ressenti de pression. J’ai laissé venir les choses sans être obsédée par le désir qu’on me reconnaisse comme metteur en scène. J’ai envie de procurer de l’émotion et ça me comble amplement. Je me fiche complètement qu’on retienne mon nom. Je veux juste pouvoir faire d’autres films.



Vous vous en inquiétez?

Je sais que certains de mes choix ne sont pas dans le moule de ce qui est attendu, notamment à Paris. On me dit que l’actrice que j’ai choisie, Clotilde Hesme, est trop belle. Mais c’est un point de vue petit-bourgeois de penser que la misère doit être représentée par des acteurs moches. Et il y a la fin, où je lâche la bride vers un vrai happy end. Avec une mélodie au piano! Je sais d’avance que certaines revues branchées vont me déchirer à cause de ces choix. Je m’en fous: c’est une liberté que je peux m’offrir parce que je n’ai plus 20 ans. Je ne me suis même pas dit: «Je vais parler de la naissance d’un sentiment amoureux.» C’est venu à l’écriture. Je cherchais uniquement des corps qui se retrouvent: une maman et son fils. Et j’ai dû maintenir une certaine trouille en moi pour éviter de faire un film confortable. J’ai aussi fait en sorte que tout le monde, dans l’équipe, ait tout le temps peur. J’ai tout remis en question, du choix des acteurs au travail de tous les jours, sans oublier que mon sujet est assez classique, ce qui est périlleux. Mais rien n’est impossible, même avec très peu d’argent. Il suffit de travailler. Et c’est vrai que la peur est un excellent moteur.



Thierry Jobin

© Le Temps



29 janvier 2012


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